10 juin 2011

Cet enfant, le veux-tu vraiment ?

« Cet enfant, le veux-tu vraiment ? »
Cette suspicion de manque de volonté, laquelle d’entre nous, confrontée à l’infertilité, ne l’a pas déjà entendue, dans la bouche d’un proche ou d’un professionnel ?

Elle semble tellement violente et injuste quand on sait ce que représente l’attente … juste le poids de l’attente et de la déception, sans compter les procédures médicales ou d’adoption.
Elle est d’autant plus douloureuse qu’elle vient parfois faire écho à un questionnement intérieur et résonner avec une forte culpabilité

Bien sûr, on peut toujours mettre cette parole sur le compte du manque de tact, de la bêtise, de l’ignorance de notre interlocuteur; elle est effectivement révélatrice de sa psychologie à lui et aussi, certainement de la toile de fond psycho-sociale sur laquelle nous évoluons. Elle montre bien comment dans notre société, la VOLONTE est érigée en valeur suprême. Ne pas donner au monde cet enfant que l’on dit vouloir, c’est apparaître comme un être manquant de volonté. 
L’introduction de la contraception et la légalisation de l’avortement ont induit des changements profonds dans le rapport à la fécondité et à l’enfant : le projet d’enfant a pris le pas sur le désir d’enfant dans les représentations collectives. La venue au monde d’un enfant dans notre société ne saurait être légitimée par le seul désir pulsionnel de deux êtres qui donnent naturellement vie à un troisième; elle doit être comme justifiée par l’existence d’une volonté d’enfant, d’un véritable projet. « De nos jours ne peut naître que l’enfant « voulu », programmé, l’enfant de la volonté, alors qu’est rejeté l’enfant du hasard ; mais ceci est le résultat d’un discours idéologique qui confond à loisir l’ordre subjectif du désir et celui de la décision. » explique Cristina Maggioni, gynécologue italienne (1).

Notre société ne saurait plus laisser de place à l’involontaire et au hasard, en particulier en matière de fécondité. Et dans notre société, on ne tolère plus que notre volonté ne s’incarne pas, on s’approprie le « que ta volonté soit faite » comme un dû jusqu’alors prérogative de Dieu seul. 
Et si au lieu de se focaliser sur la seule volonté, on interrogeait le DESIR inconscient d’enfant ? 

Je vous propose, à suivre, une série de billets sur le thème du DESIR :
1ère partie – Projet d’enfant n’est pas désir d’enfant
2ème partie – L’infertilité, maladie du désir ?
3ème partie – Découvrez vos 1001 désirs ! 

-------------------------------------------------------------
(1) MAGGIONI Cristina, Femmes infertiles, Image de soi et désir d’enfant, In Press Editions, 2006.  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Maintenant c'est à vous ... de partager ce que ce billet vous inspire.