13 juin 2011

1001 DESIRS (1)

Projet d’enfant n’est pas désir d’enfant
La contraception et la légalisation de l’avortement ont donné la possibilité de faire coïncider la volonté et le désir, le projet et le désir d’enfant … jusqu’à, trop souvent, les confondre.
 
« un enfant si je veux ! » … juste une illusion ?
Quel puissant slogan porté par nos mères !
Et quelle confusion pour nous leurs filles … et leurs fils aussi !
La liberté gagnée par les femmes de disposer de leur corps, de décider de faire ou pas un enfant, et de choisir quand, est à n’en pas douter une avancée dans l’histoire des femmes, des hommes, et de leurs enfants.
Et comme tous les progrès, elle a son lot de conséquences inattendues. En l’occurrence, elle a généré des confusions de vocabulaire qui illustrent des glissements de paradigmes concernant la fécondité et la parentalité : 
à l’enfant qui pose la question de savoir « comment viennent les bébés ? »  
la littérature enfantine ne parle plus de cigogne mais d’éprouvette, plus de roses et de choux mais de petite graine …
 on est passé du monde du rêve et de l’imaginaire à celui de la réalité et de la science.


Au pays des verbes de modalités, nos mères ont récusé le « IL me FAUT avoir un enfant », « JE DOIS donner un enfant … à mon mari, ma famille, la société » et l’on remplacé par « j’ai le choix de décider si JE VEUX, ou pas, un enfant ». 
De là, pour notre génération résolument élevée dans le volontarisme, il n’y a qu’un pas, quand des difficultés se présentent, vers la croyance que « SI JE VEUX, JE PEUX » et « SI JE VEUX, J’AI LE DROIT de … ».
Mais chaque verbe a son sens, et si FALLOIR et DEVOIR ne sont pas VOULOIR, … VOULOIR n’est pas nécessairement POUVOIR, … ni AVOIR, … et encore moins AVOIR ENVIE ou DESIRER. Tu le sais, toi qui veux et ne peux pas, n’a pas, toi qui souffre de voir ton expérience contredire la pensée dominante du « si tu veux tu peux », bien malgré toi.
Vouloir n’est ni pouvoir, ni désirer
La confusion entre VOULOIR et DESIRER s’illustre dans des expressions comme « un enfant désiré », «une grossesse non-désirée »; elles utilisent la notion de désir là où elles parlent en fait de volonté, de projet de grossesse ou d’enfant.
Ce que nos mères ont gagné, avec la contraception ou l’avortement légalisé, c’est une forme de LIBERTE et avec la possibilité de CONTRÔLE de notre fécondité, elles nous ont légué la POSSIBILITE – ou la NECESSITE ? - de CHOISIR, de DECIDER du bon compagnon, du bon moment, des bonnes conditions matérielles, de stabilité, … avec aussi l’OBLIGATION de FORMULER un PROJET d’enfant, de grossesse, de naissance, de parentalité, … avec son lot d’objectifs et de RESPONSABILITES grandissantes à l’égard de nos enfants.
  • Ainsi les futures mères «libérées » se retrouvent-elles empêtrées dans de nouveaux devoirs, en particulier celui de PROGRAMMER consciemment la conception de leurs enfants.
  • Et gare aux autres, les dites « irresponsables », qui se seraient laissées prendre et surprendre : pour elles, c’est au mieux l’acceptation bon gré, mal gré, de cet « accident »; au pire, les attendent la réprobation et la honte, l’IVG – et la souffrance qui le plus souvent l’accompagne, ou encore le déni - plus rarement, heureusement.
  • Et gare aux autres, les dites « infertiles », celles qui programment et ne voient rien venir, celles que l’on finit toujours par soupçonner de manquer de volonté … là où il est question de désir. De la volonté, à n’en pas douter, elles en ont. Il suffit d’observer les contraintes et les souffrances qu’elles imposent à leurs corps, leurs vies, leurs couples … pour être convaincu de leur détermination. 
Les enfants du désir (1)
 
La conception d’un enfant ne saurait être le seul fruit du PROGRAMME de notre VOLONTE CONSCIENTE, les grossesses non programmées comme les infertilités le montrent et la révolution féministe, doublée des évolutions médicales, étant passées par là, on l’avait un peu oublié.
La conception d’un enfant serait surtout – les psys nous le disent, les traditions spirituelles le suggèrent, les expériences en témoignent – le fruit de l’ENGRAMME de nos DESIRS INCONSCIENTS
A ce sujet, Cristina Maggioni, gynécologue italienne, écrit que : « Désirer un enfant est bien autre chose que le programmer. Un projet conscient est toujours infiltré de significations inconscientes,. Les parents sont porteurs d’une trame de signifiants qui seront transmis à leur enfant au même titre que la vie biologique. La programmation des naissances trouve ici sa limite parce qu’une enfant prend place dans un maillage de désirs qui lui préexiste où « vouloir » et « ne pas vouloir » ne sont certainement pas séparés.» (2).
Ces désirs sont le fruits d’une construction individuelle, de couple, transgénérationnelle, sans compter le désir de l’enfant lui-même, comme le disait Dolto. Le désir d’enfant se tisse avant même notre existence, dans le désir de nos parents, de l’histoire de l’arbre dont nous sommes issus, et ce désir se déploie, se façonne, se transforme au fil de notre histoire propre, de nos rencontres, … et au plus profond de notre inconscient notre matrice psychique régit notre matrice physique, déterminant notre « fertilité  » physique.
« Il n’y a pas que les organes qui concourent à ce merveilleux projet. Nos hormones irriguant tout notre corps, baignent donc notre cerveau. Elles influent sur notre psychisme et notre psychisme peut modifier leur expression. Bien que peu souvent mis en cause, il peut déterminer la facilité ou la difficulté d’obtention d’une grossesse.
L’histoire de notre vie, les évènements qui se sont gravés dans notre inconscient, peuvent dans le plus grand silence agir sur notre fécondité.» explique Pascal Zentz, psychanalyste, dans un article intitulé Désir d’enfants. (3)
Quand PROGRAMME conscient et ENGRAMME inconscient coïncident, c’est formidable :
  •  « nous voulons un enfant, nous préférerions une fille, et ce serait plus pratique qu’elle naisse au mois de juin, j’arrêterai la pillule en septembre … » … et neuf mois plus tard, elle est là ! Nous avons tous une copine, une sœur, une cousine, qui a programmé la conception de ses enfants comme elle aurait fait un rétro-planning pour un projet professionnel ou planifié des vacances … et pour qui ça marche à tous les coups; tant mieux !
  •  « je ne veux pas d’enfant, je suis très fière de faire partie des 5% de femmes qui se déclarent « Child free »,activement le prochain No Kid’s day, le 15 mai 2010; c’est important que nous ayant plus de visibilité » … quelles que soient les motivations de ce choix, il semble clair, affirmé, assumé, tout va bien ! D’autant plus quand ce choix trouve son écho dans une société vieillissante où se multiplient les exemples de rejet des jeunes enfants : des retraités allemands qui portent plainte contre une crèche pour nuisance sonore, des retraités français, retirés dans des villages pour senior qui régulent ou interdisent les visites de jeunes enfants, …
Et puis, entre ces deux situations idéales, il y a toute la complexité des situations où le PROGRAMME de notre volonté, ne semble pas en phase avec l’ENGRAMME de nos désirs, et réciproquement
Notre volonté est binaire par essence : à la question de savoir « est-ce que je veux une enfant ? », compte-tenu des moyens contraceptifs mis à ma disposition, je suis sommée de répondre : «Oui » ou « Non », « Je veux » ou « Je ne veux pas ». Il n’y a pas de place pour l’ambivalence, alors que nous sommes des êtres psychiquement ambivalents par nature.
  • dans le cas de « je ne veux pas d’enfant, ou pas maintenant »et pourtant je suis tombée enceinte, sans ou sous contraception, il y a « grossesse consciemment non voulue » et probablement « grossesse inconsciemment désirée », le corps a parlé. Peut-être pas de volonté d’avoir un enfant, ni même de désir de vivre une grossesse, mais juste d’un besoin inconscient de se rassurer sur sa fécondité, d’enrichir son expérience du féminin, de tester la fertilité d’un compagnon, … ? Et si certaines se réjouissent finalement de cet « heureux accident », d’autres préfèreront le recours à l’IVG ou le don en adoption; d’autres encore se protègeront inconsciemment, et pour un temps seulement, par un déni de grossesse, de quelques semaines à plusieurs mois, parfois jusqu’à la naissance … et dans les cas les plus favorables, pourront renouer le lien à elle-même et tisser celui à leur enfa
  • dans le cas de « je veux un enfant maintenant et je ne suis toujours pas enceinte; je suis childless et je souffre », une partie de moi veux fortement mais le corps – le mien et/ou celui de mon compagnon – parle. Et de quoi parle-t-il ? Qui en moi le fait parler ? Probablement des parties inconscientes qui ne peuvent pas concevoir cet enfant, ou pas comme cela, pas maintenant, pas tant que … - combien même d’autres ressources inconscientes portent ardemment un désir d’enfant; un conflit intérieur et/ou relationnel agit alors comme un contraceptif.
L’ambivalence du désir
Comme l’écrit Cristina Maggioni, «Il ne suffit pas de dire consciemment « je veux » pour que notre part inconsciente, enfouie, soit prête dans le même temps à accepter et à vivre une maternité. Il ne suffit pas de « vouloir » pour se libérer des spectres tapis dans les armoires de notre inconscient, pour démêler l’enchevêtrement de la mémoire, des souvenirs, des émotions, des événements qui nous tissent . »
  • Parfois le conflit intérieur se traduit par des comportements observables : des couples qui veulent mais ne font pas l’amour aux moments opportuns du fait de l’un ou l’autre des deux partenaires; ceux qui poursuivent des conduites addictives, optent pour des styles de vie inappropriés en matière de nutrition, d’activité physique (pas assez ou trop !), de stress, …
  • Parfois des symptômes physiques, souvent réversibles, peuvent être compris comme des manifestations d’un conflit entre plusieurs désirs, inconscients.
  • Il est aussi des cas, où rien n’affleure en apparence, où l’on ne trouve aucune explication, et pourtant si les faits défient la statistique, c’est bien que quelque chose quelque part dans les corps ne se passe pas.
La volonté est donc loin d’être une condition nécessaire et suffisante à la fécondité, et le fantasme du contrôle en la matière, nourri par les progrès médicaux – contraception, procréation médicalement assistée - est en partie une illusion …, qui peut s’avérer dangereuse : le plus grand risque de la grossesse à 40 ans et plus, reste quand même de ne jamais être enceinte ! … même si fort heureusement, la possibilité demeure !
La fécondité ne serait donc pas qu’une question de volonté, arrêter la pilule ne suffit pas. Elle est largement le fruit de l’alignement, à un moment donné, des matrices physiques et psychiques des deux partenaires.
Et cet alignement, si simple en apparence dans la plupart des cas, est en réalité, chez les humains, une mécanique subtile, plus complexe qu’il n’y parait pour beaucoup.
 
Un cheminement possible vers plus d’alignement passe par le fait de :
  •  se désidentifier de l’ego et de la volonté, comprendre que notre partie « volontaire », utile pour « mener notre barque », ne suffit pas à définir qui nous sommes.
  •  prendre conscience de la trame de nos désirs, comme je vous le propose dans un prochain billet, Découvrez vos désirs.
Et l’on sent que l’on a fait du chemin dans l’acceptation de notre propre histoire, dans la compréhension du caractère éminemment complexe de la fécondité et de la nature mystérieuse du désir, dans l’alignement, quand on peut compatir pour une copine qui a recours à l’IVG, comprendre une femme qui donne son enfant en adoption, accueillir avec empathie celle qui a connu un déni de grossesse, se réjouir pour celle qui conçoit juste en émettant le souhait, accueillir soi-même cet enfant pleinement VOULU et DESIRE ! 
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(1) Titre emprunté à BYDLOWSKI Monique, Les enfants du désir, In Odile Jacob, 2008.
(2) MAGGIONI Cristina, Femmes infertiles, Image de soi et désir d’enfant, In Press Editions, 2006.
(3) http://pascalzentz.unblog.fr/2007/06/03/desir-denfant/
 

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