27 février 2012

PMA, la grande illusion ?


Cette semaine, France 2 célébrait les 30 ans d’Amandine, premier bébé éprouvette français et diffusait un document intitulé « un bébé nommé désir ».
Génial, on a parlé de nous, les dits « infertiles », « stériles », … en prime time, s’il vous plaît !


FIV, dons de gamètes, dons d’embryons, gestation pour autrui, vitrification d’embryon, greffe d’ovaires, bébés-médicaments … diverses techniques médicales de procréation étaient ainsi présentées de façon plutôt didactique au grand public, avec la caution scientifique des pontes de la PMA, les docteurs Frydman, Olivennes ou Nisand. 

Le documentaire et le débat en plateau qui l’a suivi, centrés sur la valorisation des progrès médicaux, ont également donné un éclairage éthique, juridique et psychologique.

Cool, ma mère, ma tata Raymonde et mon cousin Valentin, vont enfin comprendre notre galère !




A l’honneur, ce soir là,

les progrès incroyables de la PMA en 30 ans

Merci, merci !  Je me sens pleine de reconnaissance à l’égard de tous ces acteurs, grands et petits, de la PMA, qui ont contribué à la naissance de deux de mes enfants !

des récits de vie touchants, des parcours incroyables

Ici, ou là, par bribe, je reconnais nos questionnements, nos émotions, nos expériences; et surtout la prise de parole d’Amandine, assumant pleinement et sereinement les conditions de sa conception, m’a émue !

des questionnements et débats éthiques

Chaque acteur social est invité à la réflexion sur les conditions souhaitables pour l’avenir de la mise au monde d’enfants et du devenir parent. Voilà qui est plutôt bien !


Et pourtant,

je ne peux pas partager l’enthousiasme de la presse, notamment du Figaro qui loue l’exhaustivité de ce reportage

je ne suis pas certaine que cette émission aura permis au grand public de mieux comprendre notre réalité de couples, confrontés à l’infertilité; qu’auront retenu ma boulangère ou ma cousine : que la PMA est un truc de couples qui font des enfants sur le tard ? Que la FIV fonctionne dans 48 à 50 % des cas ou des cycles ? … 

j’ai principalement deux étonnements concernant les choix journalistiques, qui témoignent d’une forme de cécité sociale :

Pourquoi les hommes, les pères en devenir, n’ont-ils qu’un strapontin, dans ce programme ?

Pourquoi le commentaire ne cesse-t-il de parler de « ces femmes », de « une maman, son bébé », sans presque jamais mentionner « ces hommes », « ce papa » ?

Pourquoi l’essentiel des témoins et des représentants de la société sont-elles des femmes … quand l’essentiel des experts -  médecins, philosophe, … - sont des hommes ?

Certes, dans l’inconscient collectif, la responsabilité de la fertilité et de l’infertilité, est attribuée aux femmes de manière quasi exclusive à la femme, et la conception, la grossesse, la naissance se font hors du corps de l’homme. Certes, pour cette raison l’implication objective reconnue au père dans les représentations sociales est moindre et de fait, le processus psychique du devenir-père est différent du devenir mère.

Certes, en matière de parentalité en général, et de PMA en particulier, sur la scène sociale et médiatique, les hommes apparaissent encore souvent en retrait pratique et émotionnel par rapport au projet d’enfant et aux actes concrets qu’il nécessite, quand bébé-couette ne vient pas.

Pourtant, je fais le pari que le vécu intime des hommes en matière d’infertilité est un continent encore trop méconnu qui mériterait, individuellement et collectivement, toute notre attention.

Comment peut-on passer sous silence le problème croissant de santé publique que constitue l’infertilité ?

Pourquoi sont absents de ce reportage, les couples jeunes, de plus en plus nombreux à avoir recours à la PMA ?
Pourquoi le contexte environnemental qui précipite la dégradation de la fertilité, notamment masculine est-il ignoré ? Comment l’incidence psychologique de ces nouvelles façons de procréer, la révolution intérieure qu’elle induit pour les personnes et la mutation qu’elle représente pour l’espèce peuvent-elles être ainsi oubliées ?
Et les couples pour lesquels la PMA n’a pas fonctionné, ont-ils droit de cité ?

Je me réjouis, qu’à contre courant, le Portail de la Science, dépendant du Ministère de la Recherche, ai relayé ce même jour, 21 février, un article publié par l'INSERM titrant que unquart des couples français souffrent de troubles de la fertilité
La nouvelle n’est pas réjouissante, certes, et en même temps, cette parole « officielle », relatant des chiffres enfin proches de la réalité observée sur le terrain, peut donner l’espoir d’une réflexion sociétale et d’une action gouvernementale plus en phase avec les enjeux … et peut-être que mon député, ma boulangère et ma cousine comprennent, et donc agissent, mieux dans ce contexte.




Pour voir ou revoir l’émission  http://www.pluzz.fr/un-bebe-nomme-desir.html

Lire d’autres réactions dans la blogosphère de la fécondité

Sur notre chemin
Tess and co



1 commentaire:

  1. Coucou ma belle,

    Merci pour ce billet, ça fait plaisir de te lire! Je n'ai pour ma part pas pu regarder le reportage (replay inaccessibles avec une adresse IP non française!) mais ai lu diverses réactions sur la blogosphère qui allaient dans ton sens. D'ailleurs au passage, il semblerait que M6 ait aussi fait des siennes sur le sujet... (cf. http://onovulepasledimanche.wordpress.com/).
    Et du coup je trouve effectivement l'article de l'INSERM super intéressant surtout dans ce contexte.
    Le reportage suivant (que j'ai réussi à voir sur internet! Et qui est aussi passé mardi je crois?) était par contre très bien fait je trouve: http://fr.euronews.net/2011/06/23/universcience-les-bebes-de-l-amour-et-de-la-science/

    Bises
    Kaymet

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